
Le Conseil Général des Pyrénées-Orientales a démarré en 2008 les travaux concernant la déviation de la route départementale 900 qui constituera la rocade ouest de Perpignan.
Ce projet d’aménagement est à l’origine d’une série d’opérations archéologiques prescrites par le service régional de l’archéologie (Drac Languedoc-Roussillon) et confiées à l’Inrap.
Ces interventions archéologiques préalables aux travaux routiers ont mis au jour une nécropole protohistorique (IXe-VIe siècles avant notre ère) dont l’ensemble est estimé à environ 300 tombes et une nécropole antique (ive siècle de notre ère) dont le total de tombes est estimé à une quarantaine.
Avec près de 2 000 collaborateurs et chercheurs, l’Inrap est la plus importante structure de recherche archéologique française et l’une des toutes premières en Europe. Institut national de recherche, il réalise l’essentiel des diagnostics archéologiques et des fouilles en partenariat avec des aménageurs privés et publics : soit près de 2 500 chantiers par an en France métropolitaine et dans les Dom.
Sépultures romaines en cours de fouille
© Frédéric Vinolas, Inrap
en partenariat avec le Conseil Général des Pyrénées-Orientales

Une équipe Inrap est intervenue au printemps 2007 pour effectuer le diagnostic sur l’emprise de la première phase des travaux routiers qui empiète sur les communes de Perpignan et de Saint-Estève. Ces recherches préliminaires avaient pour objectif de repérer d’éventuels sites archéologiques grâce à des tranchées réalisées à la pelle mécanique et dont la profondeur variait selon le niveau d’apparition du substrat ou des vestiges archéologiques.
La surface ouverte à l’aide des sondages mécaniques représente 9,6 % des 78 963 m2 de l’emprise concernée par les futurs travaux. Cette démarche de conciliation permanente entre les nécessités respectives du développement économique et social, de la préservation du patrimoine et de la recherche scientifique, est désormais mise en oeuvre de manière systématique dans des zones considérées comme sensibles. Ainsi, les découvertes réalisées par les équipes de l’Inrap permettent d’ores et déjà d’appréhender plus finement le passé protohistorique, antique et médiéval de la région.
(Les urnes funéraires contiennent des cendres ou des offrandes)
© Jérôme Hernandez et Assumpcio Todelo i Mur, Inrap
À partir des vestiges mis au jour pendant la phase de diagnostic, on sait que deux nécropoles séparées par un hiatus d’environ 1 000 ans et caractérisées par des rituels différents, ont occupé une même zone sans apparemment se chevaucher.Les informations archéologiques et le mobilier recueilli sur les 16 000 m2 à décaper pendant la campagne de fouilles archéologiques qui a commencé début avril 2008, permettront de reconstituer avec précision les pratiques et les gestes funéraires de la nécropole à incinération protohistorique et du cimetière à inhumation antique.
Pendant la phase finale de l’âge du Bronze et au début de l’âge du Fer, les urnes contenant les cendres du défunt étaient déposées dans des fosses en pleine terre, protégées par un couvercle et parfois accompagnées de vases d’offrandes. Les vases, non tournés, sont de fabrication locale. Dans les tombes
des personnes plus aisées, peuvent apparaître de petits objets en bronze (rasoir, épingles…) et en fer (couteaux, bracelets…)

A la fin de la période romaine, les pratiques funéraires se caractérisent par l’inhumation dans des tombes de différents types : cercueils de bois cloutés signalés par une tuile plate, tombes à profil triangulaire (dites en bâtière) construites avec des tuiles plates (tegulae) et dépose de la dépouille en pleine terre, entourée de galets.
Cette nécropole se trouve à moins de 5 km de l’église paroissiale de Saint-Estève où des fouilles faites pendant les années 1970 avaient mis au jour un habitat d’époque romaine. Les prospections de surface et les découvertes fortuites dans la commune de Saint-Estève, ont livré un nombre non négligeable d’informations à rattacher à la période romaine, dans une fourchette comprise entre le ier siècle avant notre ère et le ive siècle de notre ère.
Aménagement : Conseil général
Recherches archéologiques : Inrap
Prescription et contrôle scientifique :
Service régional de l’archéologie, Drac Languedoc-Roussillon
Responsable scientifique : Assumpcio Todelo i Mur, Inrap

Après avoir restauré l'église Sant Pere del Bosc, édifice roman situé sur le territoire de Corbère, l'Association du Patrimoine des Deux Corbères s'est portée acquéreur à la fin des années 1990 des ruines de l'église Sant Julia de Vallventosa, nommées sur le cadastre « cortal d'en Brazet ».
Depuis cette date, l’Association du Patrimoine des Deux Corbères, présidée par Mme Pierrette Puigbert, a entrepris le dégagement puis la restauration de cette église.
L’église Sant Julia est mentionnée pour la première fois dans les textes anciens en 945. Possession de l’abbaye Saint-Michel de Cuxà, elle possède le statut d’église paroissiale et a probablement cristallisé autour d’elle un cimetière et un habitat. Les documents médiévaux concernant ce site sont ensuite assez rares mais un document daté de 1395 ne la mentionne plus que comme simple chapelle rurale. A cette date, elle a perdu son statut d’église paroissiale et l’embryon de village qui s’est peut-être formé à ses abords a probablement été abandonné au profit d’un regroupement autour du château de Corbère.

Les archéologues du Pôle Archéologique Départemental / Conseil Général des Pyrénées-Orientales ont entrepris la réalisation de sondages archéologiques dans les ruines de l’église Sant Julia de Vallventosa. Ces sondages ont pour objectif de mieux comprendre le plan complexe de l’édifice afin de guider les travaux de restauration. Ils doivent également permettre de retrouver les vestiges de l’église primitive, celle mentionnée dans les textes au Xe siècle.
La fouille porte également sur les abords de l’église, dans l’emprise de deux grandes tranchées ouvertes en 2001 par l’Association du Patrimoine des Deux Corbères afin de libérer le bâtiment de la terre qui était venue s’accumuler autour, suite à l’érosion de la butte qui la domine.

Dans ces tranchées, les archéologues du Conseil Général, qui interviennent sous le contrôle de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, ont mis au jour une partie du cimetière médiéval. En tout, une cinquantaine de tombes ont été fouillées et étudiées. Les défunts sont disposés dans des coffres imposants constitués de grandes dalles en schiste, fermés à leur tour par des dalles disposées à plat. Les corps, inhumés dans ces coffres, sont datés des XIe-XIIIe siècles. L’originalité de ce site réside dans la présence de nombreuses sépultures d’enfants, inhumés comme le veut la tradition au plus près du chevet de l’église. Ce regroupement des enfants dans l’un des endroits supposé les plus sacrés du cimetière avait objectif de favoriser leur ascension vers le paradis.
Les enfants sont presque tous enterrés sous des bâtières constituées de dalles en schiste reproduisant la forme d’une toiture. Ces bâtières, fréquentes à l’époque romaine, étaient à ce jour inconnues pour le Moyen Âge.
L’étude de ce cimetière et de l’église Sant-Julia livre des informations remarquables pour l’étude du peuplement à Corbère. Elle permet de mieux comprendre l’histoire de la formation du village de Corbère aux XIe-XIIe siècles dont le regroupement des paysans, au plus près du château, entraîne le déclin puis la désertion d’embryons de villages constitués autour des églises de Sant-Pere-del-Bosc et de Sant-Julia de Vallventosa.
Le résultat de ces fouilles sera présenté à la population de Corbère dans le cadre d’une conférence publique, organisée par le Conseil Général à l’automne 2008.
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